Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /Fév /2010 14:04
Dans une grande fête, un jour, au Panthéon,
J'avais sept ans, je vis passer Napoléon.

Pour voir cette figure illustre et solennelle,
Je m'étais échappé de l'aile maternelle ;
Car il tenait déjà mon esprit inquiet ;
Mais ma mère aux doux yeux, qui souvent s'effrayait
En m'entendant parler guerre, assauts et bataille,
Craignait pour moi la foule, à cause de ma taille.

Et ce qui me frappa, dans ma sainte terreur,
Quand au front du cortège apparut l'empereur,
Tandis que les enfants demandaient à leurs mères
Si c'est là ce héros dont on fait cent chimères,
Ce ne fut pas de voir tout ce peuple à grand bruit
Le suivre comme on suit un phare dans la nuit,
Et se montrer de loin sur sa tête suprême
Ce chapeau tout usé plus beau qu'un diadème,
Ni, pressés sur ses pas, dix vassaux couronnés
Regarder en tremblant ses pieds éperonnés,
Ni ses vieux grenadiers, se faisant violence,
Des cris universels s'enivrer en silence ;
Non, tandis qu'à genoux la ville tout en feu,
Joyeuse comme on est lorsqu'on a qu'un seul voeu,
Qu'on n'est qu'un même peuple et qu'ensemble on respire
Chantait en choeur : VEILLONS AU SALUT DE L'EMPIRE !

Ce qui me frappa, dis-je, et me resta gravé,
Même après que le cri sur sa route élevé
Se fut évanoui dans ma jeune mémoire,
Ce fut de voir, parmi ces fanfares de gloire,
Dans le bruit qu'il faisait, cet homme souverain
Passer, muet et grave, ainsi qu'un dieu d'airain !

Et le soir, curieux, je le dis à mon père,
Pendant qu'il défaisait son vêtement de guerre,
Et que je me jouais sur son dos indulgent
De l'épaulette d'or aux étoiles d'argent.

Mon père secoua la tête sans réponse.

Mais souvent une idée en notre esprit s'enfonce,
Ce qui nous a frappés nous revient par moments,
Et l'enfance naïve a ses étonnements.

Le lendemain, pour voir le soleil qui s'incline,
J'avais suivi mon père du haut de la colline
Qui domine Paris du côté du levant,
Et nous allions tous deux, lui pensant, moi rêvant.
Cet homme en mon esprit restait comme un prodige,
Et, parlant à mon père : " Ô mon père, lui dis-je,
Pourquoi notre empereur, cet envoyé de Dieu,
Lui qui fait tout mouvoir et qui met tout en feu,
A-t-il ce regard froid et cet air immobile ? "
Mon père dans ses mains prit ma tête débile,
Et, me montrant au loin l'horizon spacieux :
" Vois, mon fils ! cette terre, immobile à tes yeux,
Plus que l'air, plus que l'onde et la flamme, est émue,
Car le germe de tout dans son ventre remue.
Dans ses flancs ténébreux, nuit et jour, en rampant,
Elle sent se plonger la racine, serpent
Qui s'abreuve aux ruisseaux des sèves toujours prêtes,
Et fouille et boit sans cesse avec ses mille têtes.
Mainte flamme y ruisselle, et tantôt lentement
Imbibe le cristal qui devient diamant,
Tantôt, dans quelque mine éblouissante et sombre,
Allume des monceaux d'escarboucles sans nombre,
Ou, s'échappant au jour, plus magnifique encor,
Au front du vieil Etna met une aigrette d'or.
Toujours l'intérieur de la terre travaille.
Son flanc universel incessamment tressaille.
Goutte à goutte, et sans bruit qui réponde à son bruit,
La source de tout fleuve y filtre dans la nuit.
Elle porte à la fois, sur sa face où nous sommes,
Les blés et les cités, les forêts et les hommes.
Vois, tout est vert au loin, tout rit, tout est vivant.
Elle livre le chêne et le brin d'herbe au vent.
Les fruits et les épis la couvrent à cette heure.
Eh bien ! déjà, tandis que ton regard l'effleure,
Dans son sein, que n'épuise aucun enfantement,
Les futures moissons tremblent confusément !

" Ainsi travaille, enfant, l'âme active et féconde
Du poète qui crée et du soldat qui fonde.
Mais ils n'en font rien voir. De la flamme à pleins bords,
Qui les brûle au dedans, rien ne luit au dehors.
Ainsi Napoléon, que l'éclat environne
Et qui fit tant de bruit en forgeant sa couronne,
Ce chef que tout célèbre et que pourtant tu vois
Immobile et muet, passer sur le pavois,
Quand le peuple l'étreint, sent en lui ses pensées,
Qui l'étreignent aussi, se mouvoir plus pressées.
Déjà peut-être en lui mille choses se font,
Et tout l'avenir germe en son cerveau profond.
Déjà dans sa pensée, immense et clairvoyante,
L'Europe ne fait plus qu'une France géante,
Berlin, Vienne, Madrid, Moscou, Londres, Milan,
Viennent rendre à Paris hommage une fois l'an,
Le Vatican n'est plus que le vassal du Louvre,
La terre à chaque instant sous les vieux trônes s'ouvre,
Et de tous leurs débris sort pour le genre humain
Un autre Charlemagne, un autre globe en main !
Et, dans le même esprit où ce grand dessein roule,
Les bataillons futurs déjà marchent en foule,
Le conscrit résigné, sous un avis fréquent,
Se dresse, le tambour résonne au front du camp,
D'ouvriers et d'outils Cherbourg couvre sa grève,
Le vaisseau colossal sur le chantier s'élève,
L'obusier rouge encor sort du fourneau qui bout,
Une marine flotte, une armée est debout !
Car la guerre toujours l'illumine et l'enflamme,
Et peut-être déjà, dans la nuit de cette âme,
Sous ce crâne, où le monde en silence est couvé,
D'un second Austerlitz le soleil s'est levé ! "

Plus tard, une autre fois, je vis passer cet homme,
Plus grand dans son Paris que César dans sa Rome.
Des discours de mon père alors je me souvins.
On l'entourait encor d'honneurs presque divins,
Et je lui retrouvai, rêveur à son passage,
Et la même pensée et le même visage.
Il méditait toujours son projet surhumain.
Cent aigles l'escortaient en empereur romain.
Ses régiments marchaient, enseignes déployées ;
Ses lourds canons, baissant leurs boucles essuyées,
Couraient, et, traversant la foule aux pas confus,
Avec un bruit d'airain sautaient sur leurs affûts.
Mais bientôt, au soleil, cette tête admirée
Disparut dans un flot de poussière dorée,
Il passa. Cependant son nom sur la cité
Bondissait, des canons aux cloches rejeté ;
Son cortège emplissait de tumulte les rues,
Et, par mille clameurs de sa présence accrues,
Par mille cris de joie et d'amour furieux,
Le peuple saluait ce passant glorieux !


Victor Hugo
Par Julien - Publié dans : J'aime
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 12:17
Par Julien - Publié dans : Pensées pour moi-même
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 12:14
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

(Paul VERLAINE)

Par Julien - Publié dans : J'aime
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 12:12
"Ce parfum de nos années mortes ; Ce qui peut frapper à ta porte ; Infinité de destin ; On en pose un, qu'est-ce qu'on en retient? ; Le vent l'emportera " (Noir Désir)
Par Julien - Publié dans : Pensées pour moi-même
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 12:11
"Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla; S’il en demeure dix, je serai le dixième; Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là" (Victor Hugo-Les Châtiments)
Par Julien - Publié dans : J'aime
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 12:10
"Quelle est cette promesse que l'on m'a faite et qu'un Dieu obscur ne tient pas ?" (Saint-Exupéry)
Par Julien - Publié dans : Pensées pour moi-même
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 12:09
Mais toi tu es né pour un jour limpide...(Holderlin)
Par Julien - Publié dans : J'aime
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 12:07
2 extraits de Camus dans lesquels il y a un "petit parallèlisme".
1)L'étranger : "Je n'ai pas regardé du côté de Marie. Je n'en ai pas eu le temps parce que le président m'a dit dans une forme bizarre que j'aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français..."
2)La Peste : "Et je compris qu'il de...mandait la mort de cet homme au nom de la société et qu'il demandait même qu'on lui coupât le cou".
Par Julien - Publié dans : J'aime
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 12:06
"Judaïsme : n.m. Religion des Juifs fondée sur la croyance en un Dieu Unique, ce qui la distingue de la religion Chrétienne, qui s'appuie sur la foi en un seul Dieu, et plus encore de la religion musulmane, résolument monothéïste" (Desproges)
Par Julien - Publié dans : J'aime
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 12:03

Je suis tombé amoureux de la lumière de ce tableau. Et peut-être, aussi, de son message. A tout le moins celui que j'en comprends. Parce qu'il faut bien, un jour, perdre ses illusions.

"Les illusions perdues ou Le soir" (Charles Gleyre)


18534 288515107953 804102953 3229292 5568126 n


Par Julien - Publié dans : J'aime
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 12:02
"Ne laisse pas ta mère perdre ses prières, Hamlet ; je t'en prie, reste avec nous ; ne va pas à Wittenberg" (Shakespeare)
Par Julien - Publié dans : Citations
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 12:01
"On n'échappe à rien, pas même à ses fuites" (Goldmann)
Par Julien - Publié dans : J'aime
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 12:00
"Les contes de fées n'existent que dans les contes de fées" (Beigbeder)
Par Julien - Publié dans : J'aime
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 11:57
"Il avait pris au sérieux des mots sans importance et était devenu très malheureux" (Saint-Exupéry, Le Petit Prince)
Par Julien - Publié dans : Citations
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 11:56
Nous vivons sur l’avenir : « demain », « plus tard », « quand tu auras une situation », avec l’âge tu comprendras ». Ces inconséquences sont admirables car enfin, il s’agit de mourir. Un jour vient pourtant et l’homme constate ou dit qu’il a 30 ans. Il affirme ainsi sa jeunesse. Mais du même coup, il se situe par rapport au temps. Il y prend sa place. Il reconnaît qu’il est à un certain moment d’une courbe qu’il confesse devoir parcourir. Il appartient au temps et, à cette horreur qui le saisit, il y reconnaît son pire ennemi. Demain, il souhaitait demain, quand tout lui-même aurait dû s’y refuser. Cette révolte de la chair, c’est l’absurde. (Camus, Le mythe de Sisyphe)
Par Julien - Publié dans : Citations
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés